mercredi 4 juillet 2007

Doutes

Accroupi dans la douche, je sens l’eau qui s’engouffre sous mes vêtements et nettoie tous les pores de ma peau. Vainement sans doute je tente de me laver de cette souillure. L’eau est gelée. Ou est-ce mon corps qui peu à peu meurt ?

Je ne peux dire combien de temps je restai là, accroupi, dans un état presque catatonique. Lentement, douloureusement, je me lève et ôte peu à peu mes habits. Une fois nu, je sens enfin l’eau qui m’envahit, qui essaie de trouver son chemin au plus profond de mon être. L’eau a toujours été mon élément. J’aime nager et sentir l’eau qui m’entoure. Il n’y a rien de plus désaltérant et de plus pur que de l’eau. Comment aurais-je pu un jour deviner que l’eau serait également l’élément qui me laverait de ce péché ?

Je coupe le robinet et je sors de la douche. J’attrape une serviette que j’enroule autour de ma taille, et je me dirige vers ma chambre. Je m’étends sur mon lit, et je pleure. Une fois de plus, j’espérais que ces larmes me purifieraient.

J’avais mal au plus profond de mon corps. Qu’avais-je fait ?
Qu’avais-je fait ?
Qu’avais-je fait…

A y réfléchir, qu’avais-je fait de mal ?
Je me redresse, et je me mets à réfléchir.
Bon, de quoi es-tu certain, Vincent ? Tu as 18 ans, tu es jeune, tu es au début de ta vie. Tu as un corps assez bien fait, des muscles fins et bien dessinés, des yeux d’un bleu clair et de beaux longs cheveux noirs. Tu as une belle gueule. Je serais une fille, je ne pourrais que craquer pour moi !
Tu es raisonnablement intelligent, tu vis une petite vie agréable, tu as de chouettes copains, une famille aimante et compréhensive. Les filles te plaisent et tu plais aux filles.
Alors pourquoi ?

Oui, pourquoi ? Car tu es curieux. Au fond de tes yeux brille cette lumière de malice. Tu as le regard d’un enfant qui veut tout essayer, tout s’accaparer, tout vivre jusqu’à l’excès. Tu n’en as jamais assez, avec toi, c’est « toujours plus ». Tu as faim de la vie, faim de l’amour, faim des expériences. Jamais tu ne connaîtras quelque assouvissement.

Maintenant, comment en es-tu arrivé à cette situation ?
Ce soir tu es sorti. Tu ne voulais pas rester seul chez toi pour un vendredi soir, alors tu t’es bien habillé, tu t’es coiffé, tu as enfilé ta veste et tu as claqué la porte de la maison direction le centre. Au détour des rues tu es arrivé devant ce bar que tu ne connaissais pas. Tu as poussé la porte, et tu es entré. A l’intérieur, des couples de toute sorte discutaient ou s’embrassaient, et des gens dansaient au détour d’une piste. Tu es allé t’asseoir, tu as commandé un verre, et tu t’es relaxé.


Ensuite, tu as entendu cette chanson que tu aimais tant. Cet air sur lequel tu ne peux t’empêcher de bouger. Tu t’es donc levé, tu t’es rendu sur la piste et tu as commencé à danser. Les musiques se sont enchaînées, les corps se sont rapprochés, la chaleur s’est intensifiée. Tu avais chaud, tu as donc enlevé ton t-shirt. De nombreux regards furtifs furent jetés en ta direction. Tu n’en avais cure, tu continuais à danser jusqu’à ne plus ressentir ni ton corps, ni la fatigue, ni la douleur. Tu ne faisais plus qu’un avec la musique. A bout de souffle, tu as ouvert les yeux, et tu l’as vu. Juste là. Assis à ta place. Etait-il réel ? Ou était-il une apparition issue de ta transe ?

Il te regardait en souriant légèrement. Vêtu d’une chemise noire à courtes manches ouverte à moitié, son corps laissait deviner un corps bien fait et désirable. Il avait les yeux bleu gris, les cheveux noirs de jais attachés par un catogan, et au fond de ses yeux brillaient une lueur indescriptible.
Tu l’as rejoint, vous avez discuté ensemble, le temps a filé. Chacun de ses mots raisonnait en toi. Vous êtes sortis par cette nuit noire, vous vous êtes baladés dans les rues de la ville, vous avez couru après des chimères jusqu’à vous enivrer de l’air frais d’automne. Sans le remarquer, vous êtes arrivés dans ta rue. Tu lui as proposé de venir boire un verre chez toi. Il a accepté.
Vous êtes monté, tu l’as installé dans le divan, tu lui as servi un verre et vous avez poursuivi la conversation.


Tu es parti chercher un livre dans ta chambre, il t’a suivi. Vous vous êtes allongés sur le lit, le nez au plafond à imaginer la voûte céleste vous émerveiller. Il a pris ta main.
Tu ne l’as pas retiré.
Il t’a caressé le torse.
Tu l’as laissé faire.
Il t’a embrassé.
Tu aimais ses lèvres sucrées.

Tout s’est enchaîné. Il a fait glissé ton t-shirt, il a caressé ton corps de ses fines mains. Tu as découvert ensuite son torse et est tombé d’émerveillement face à la beauté de chacun de ses muscles. Tu l’as embrassé, tu as recherché cette sensation de bonheur absolu en tentant de prendre possession de son corps et de ne faire plus qu’un avec lui. Vos corps se sont emmêlés. Vous avez fait l’amour. C’était ta première fois avec un homme. Jamais auparavant tu n’avais eu d’attirance pour un mec.
Vous vous êtes unis jusqu’au bout de la nuit.

Tu t’es réveillé peu de temps après, il n’était plus là. Tu t’es rhabillé, tu as été dans la salle de bain, tu t’es mis sous la douche, et tu as tenté de te purifier.

Voilà ce que tu sais, et ce qu’il s’est passé. Que constates-tu ?
1. Tu as fait l’amour avec un homme.

2. Tu remarques que tu as longuement parlé avec cet homme, mais jamais il ne t’a dit son prénom.
3. Tu ne sais pas où il est, tu ne sais même pas si tu le reverras un jour.
4. Cette nuit passée à faire l’amour avec lui était la plus belle nuit de ta vie.


Et qu’en conclus-tu ? Que tu n’as absolument rien fait de mal, que tu as réagi comme un idiot et que tu donnerais tout pour savoir comment il s’appelait et si un jour tu le reverrais. Et surtout tu donnerais tout pour que cette bouilloire arrête de siffler.

Bouilloire ? Pourtant, tu n’as jamais mis d’eau à chauffer…Tu te lèves à la hâte et tu te diriges vers la cuisine.
Tu le vois là, debout, ne portant que son pantalon, et tu souris. Il tourne lentement son visage en ta direction, ses yeux se mettent à rire et tu l’entends te dire « au fait, j’ai vu ton prénom inscrit sur un livre. C’est joli comme prénom Vincent. Moi je m’appelle Ewann ».

A ce moment, tu sais que jamais plus ta vie ne sera pareille.

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